Succession vacante : que deviennent les biens et comment agir ?
Une succession est vacante lorsqu’aucun héritier ne se présente, lorsque tous les héritiers connus ont renoncé ou lorsque, six mois après le décès, les héritiers connus n’ont pas pris parti. La vacance ne transfère pas automatiquement les biens à l’État : un juge doit confier la curatelle de la succession au service du Domaine, qui inventorie les biens, conserve l’actif, reçoit les créances et règle le passif dans la limite des fonds disponibles.

Quand une succession est-elle juridiquement vacante ?
L’article 809 du Code civil prévoit trois situations :
- personne ne se présente pour réclamer la succession et aucun héritier n’est connu ;
- tous les héritiers connus ont renoncé à la succession ;
- six mois se sont écoulés depuis le décès et les héritiers connus n’ont accepté ni renoncé, expressément ou tacitement.
La vacance répond donc à une difficulté de gestion immédiate. Des comptes doivent être administrés, un logement peut devoir être sécurisé, des charges continuent de courir et des créanciers attendent un interlocuteur. Le mécanisme évite que le patrimoine reste sans représentant.
La seule renonciation d’un héritier ne suffit pas nécessairement : il faut vérifier l’existence d’autres héritiers appelés à la succession. De même, l’absence de réponse d’un héritier ne permet d’invoquer le troisième cas qu’après le délai légal de six mois.
La désignation du Domaine est-elle automatique ?
Non. Le service du Domaine ne devient pas curateur du seul fait que les héritiers ont renoncé ou restent silencieux. Selon l’article 809-1 du Code civil, le juge doit être saisi par requête.
Que fait le curateur après sa désignation ?
Il établit un inventaire de l’actif et du passif
Dès sa désignation, le curateur fait dresser un inventaire estimatif, bien par bien, des éléments d’actif et de passif. Les créanciers et les légataires de sommes d’argent peuvent consulter l’inventaire et en obtenir copie sur justification de leur titre.
Il prend possession des biens et recouvre les sommes dues
Le curateur récupère les valeurs et biens détenus par des tiers, poursuit le recouvrement des créances de la succession et consigne les fonds. Il peut aussi poursuivre temporairement l’exploitation d’une entreprise individuelle dépendant de la succession lorsque cela est nécessaire.
Ses pouvoirs évoluent après six mois
Pendant les six mois suivant l’ouverture de la succession, l’article 810-1 du Code civil limite le curateur aux actes purement conservatoires ou de surveillance, aux actes d’administration provisoire et à la vente des biens périssables.
À l’issue de ce délai, il exerce l’ensemble des actes conservatoires et d’administration. Il peut vendre les meubles ou immeubles nécessaires à l’apurement du passif, ainsi que les biens dont la conservation est difficile ou coûteuse.
Comment un créancier doit-il déclarer sa créance ?
La déclaration doit être adressée au curateur, conformément à l’article 809-3 du Code civil. Le créancier doit identifier la succession et produire les justificatifs de sa créance : contrat, facture, décompte, décision de justice, sûreté éventuelle et éléments relatifs à la prescription.
Le curateur est seul habilité à payer les créanciers. Il n’acquitte les dettes que dans la limite de l’actif disponible. Avant le projet de règlement du passif, seules certaines dépenses urgentes peuvent être payées, notamment les frais nécessaires à la conservation du patrimoine, les frais funéraires et de dernière maladie, les impôts, les loyers et d’autres dettes successorales urgentes.
Un projet de règlement du passif est ensuite publié. Les créanciers qui ne sont pas intégralement désintéressés disposent d’un mois à compter de cette publicité pour le contester devant le juge, selon l’article 810-5 du Code civil.
Attention : il ne faut pas attendre la fin des opérations pour se manifester. La désignation du curateur n’efface pas les règles de prescription applicables à la créance.
Un héritier peut-il se manifester après l’ouverture de la curatelle ?
Oui. La déclaration de vacance ne signifie pas que tout héritier perd immédiatement ses droits. Une personne qui établit sa qualité d’héritier peut revendiquer la succession auprès du Domaine. La curatelle prend notamment fin par la restitution de la succession aux héritiers dont les droits sont reconnus.
Il faut toutefois agir rapidement et tenir compte des règles relatives à l’option successorale, à sa prescription et, le cas échéant, d’une renonciation déjà enregistrée. L’héritier doit produire les actes d’état civil et documents établissant sa filiation ou son lien successoral. Une intervention notariale ou généalogique peut être nécessaire.
Succession vacante et succession en déshérence : quelle différence ?
La succession vacante est un régime provisoire de gestion. Le Domaine intervient comme curateur, et non comme héritier. Il administre l’actif, paie les dettes dans les limites légales et conserve les droits des personnes qui pourraient encore être reconnues héritières.
La déshérence correspond à une étape différente : l’État prétend à la succession d’une personne décédée sans héritier ou à une succession abandonnée. L’article 811 du Code civil impose alors à l’État de demander au tribunal son envoi en possession.
La curatelle peut prendre fin par l’affectation intégrale de l’actif au paiement des dettes et legs, par la vente de tout l’actif suivie de la consignation du produit net, par la restitution aux héritiers reconnus ou par l’envoi en possession de l’État.
Quelles démarches engager selon votre situation ?
Le cabinet accompagne les héritiers, créanciers et autres personnes intéressées dans le cadre du droit des successions et du patrimoine, depuis l’analyse de la situation jusqu’aux démarches judiciaires nécessaires.
À retenir
Une succession vacante n’est ni automatiquement acquise à l’État ni laissée sans gestion. Après une ordonnance judiciaire, le Domaine agit comme curateur : il inventorie le patrimoine, accomplit les actes nécessaires, reçoit les créances et règle le passif dans la limite de l’actif. Les créanciers doivent déclarer leur titre, les personnes confrontées à un bien bloqué doivent faire désigner un interlocuteur et les héritiers qui se révèlent doivent faire reconnaître leurs droits sans attendre.
Sources juridiques
- Article 809 du Code civil.
- Article 809-1 du Code civil.
- Article 809-2 du Code civil.
- Article 809-3 du Code civil.
- Article 810-1 du Code civil.
- Article 810-2 du Code civil.
- Article 810-4 du Code civil.
- Article 810-5 du Code civil.
- Article 810-12 du Code civil.
- Article 811 du Code civil.
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